Wall Street : le rêve à portée de main

La place prépondérante de Wall Street sur nos économies contemporaines

« Wall Street est une grande guerre. Pour faire profiter à une personne, vous désavantagez une autre personne ». Bernard Madoff n’aurait pu trouver meilleure phrase pour résumer les tumultueuses relations présentes dans la rue la plus scrutée du monde. Wall Street fait rêver, réveille notre folie des grandeurs et alimente notre soif du pouvoir. A la vue de tous ces chiffres qui pourrait résister et tourner le dos, sans aucun pincement au porte-monnaie, à la première place boursière mondiale ?

Aujourd’hui Wall Street est devenu un symbole : celui de la réussite. Les traders sont perçus comme ayant tout réussi et quand quelqu’un annonce travailler à Wall Street, il n’est pas rare de voir les visages se retourner vers ce mystérieux individu qui a gagné sa place au sein d’un monde select et encore parfois obscur.

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La création de Wall Street : entre mythe et réalité

La place dominante de Wall Street qu’on connaît aujourd’hui n’a pas toujours correspondu à un centre financier essentiel à l’économie mondiale. En effet, jadis la Nouvelle-Néerlande (qui deviendra New York) était une ville sous l’emprise des Pays-Bas, et les colons pour se défendre contre les attaques indiennes s’étaient regroupées entre eux et avaient construit un mur les séparant du monde hors de la ville. Celui a la tête de l’initiative, et possédant en plus la rue, était un Wallon, ce qui donna son nom à la rue « Waal Straat », nom déformé en « Wall Street ».

Au XVIIIème siècle, la ville devient anglaise et est baptisée New York en l’honneur du duc d’York frère du roi Charles II. On y trouve alors un platane d’Occident, appelé « buttonwood tree » en anglais, qui donna son nom à un accord à l’origine des premiers échanges commerciaux de la ville entre les traders locaux qui se réunissaient sous le fameux platane. L’accord de Buttonwood de 1792 officialisa la naissance de la bourse NYSE, nom officiel de la bourse américaine qu’on désigne souvent uniquement par Wall Street pour englober l’ensemble des marchés boursiers américains.

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Le New York Stock Exchange (NYSE) est aujourd’hui la plus importante bourse du monde et est à l’origine de la croissance du marché boursier américain puisque c’est à partir de 1882, quand Charles Dow et Eddie Jones ont commencé à promouvoir des actions industrielles, que la place boursière a pris de l’importance et s’est révélée capable d’engranger d’importants bénéfices. Depuis ce jour, Wall Street s’est imposée dans le monde de la finance et sa première place lui semble assurée.

Wall Street : leader des bourses

Avec une capitalisation totale de 40.000 milliards de dollars, Wall Street est indéniablement un symbole de la finance et du capitalisme, redorant le blason de l’Amérique par son poids incomparable.

Wall Street, mais plus précisément le NYSE, effectue des échanges absolument démentiels chaque jour s’élevant au nombre de 123 milliards en moyenne, et toujours en conservant une capitalisation de près de 40.000 milliards de dollars, soit près de 10.000 milliards devant le Nikkei 225 (bourse nippone) pourtant la deuxième bourse mondiale, et toujours plus de 10 fois plus que le CAC 40.

Il est également possible de souligner que le NYSE accueille plus de 2.400 sociétés en son sein et près du quart sont étrangères. En comparaison, le CAC 40, comme son nom l’indique, ne se compose que des 40 valeurs les plus importantes françaises. L’importante place donnée aux sociétés et même à celles étrangères montre bien que le NYSE se veut être un leader dans son domaine, et devancer les autres bourses mondiales apparaît comme essentiel pour conserver son avantageuse position.

De surcroît, Wall Street ne s’est pas construite toute seule. Ce qui fait aussi son prestige est sa capacité d’adaptation et sa force mentale qui lui ont permis de se relever même après le krach boursier de 1929 pourtant dévastateur pour l’économie américaine. De plus, il n’est pas rare de voir des envolées spectaculaires de ladite bourse. Ainsi le 13 octobre 2008, lors de la crise des subprimes, le Dow Jones avait augmenté de 11.08%, porté par la promesse d’un plan de relance du gouvernement américain. Il apparaît alors évident que l’économie et la politique sont intrinsèquement liées et bien qu’aujourd’hui le libéralisme et son « laissez-faire, laissez-passer » aient conquis le monde ; les politiques gouvernementales doivent parfois intervenir pour sauver l’économie comme en 2008 ou après la Seconde Guerre mondiale grâce à la politique des grands travaux de Roosevelt.

L’impact de Wall Street sur nos économies contemporaines

Devant tant de renommée, Wall Street s’est imposée comme la vitrine de l’économie marchande et capitaliste et doit désormais soigner son image, mais pas seulement. La régulière parution du Wall Street Journal permet au quartier des affaires d’être plus accessible et moins mystérieux (ou de faire croire à sa transparence) aux yeux de ceux s’intéressant à la finance. L’écriture de ce journal témoigne de l’importance accordée à la place boursière qui tient les autres bourses d’une main de fer.

En effet, depuis sa naissance en 1988, le CAC 40 regarde constamment vers New York pour constater par lui-même les actions de son concurrent. Ainsi, le CAC 40 est corrélé à 86%, en moyenne, aux puissants marchés américains. Ce regard toujours tourné vers Wall Street donne donc sa marge d’action au CAC 40 qui oriente 58% de ses actions quotidiennes en fonction la direction des bourses américaines de la veille.

Ainsi, il est possible de se questionner sur l’existence de la bourse parisienne en dehors de celle américaine. En effet, si le CAC 40 suit constamment, ou presque, les avis de la place financière américaine, il y a fort à parier que si elle venait à chuter, l’économie française se retrouverait impactée, tout comme celle du monde entier. De cette façon, l’impulsion de l’économie mondiale viendrait entièrement des Etats-Unis, n’octroyant qu’une très faible marge de manœuvre aux autres places boursières.

 

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Dès lors, il est possible de se demander pourquoi Wall Street a une telle importance sur les marchés financiers mondiaux.

En premier lieu, c’est de Wall Street que l’impulsion pour développer les échanges internationaux a été donnée, ce qui lui confère une puissance et une importance d’ordre historique en tant que plus vieil indice boursier du monde (créé en 1884). Par ailleurs, s’il s’échange jusqu’à dix fois plus d’argent outre-Atlantique qu’en France, c’est parce que l’économie américaine repose sur la finance. Ainsi, aux Etats-Unis, le système des retraites est géré par des fonds qui collectent les économies des Américains et les placent en Bourse, conférant une place plus qu’essentielle au NYSE qui côte en bourse l’épargne des Américains, alimentant la machine capitalistique.

Le pouvoir d’influence de Wall Street sur l’économie mondiale

Wall Street est, et a toujours été, perçue comme un lieu de pouvoir à l’échelle américaine et du monde. Elle s’est imposée en tant que pôle organisateur de l’espace mondial rayonnant grâce à la concentration de différents facteurs tant économiques, politiques, transactionnels que découlant des activités du tertiaire supérieur.

Tout d’abord, grâce à ses fonctions économiques supérieures, la place boursière américaine apparaît comme disposant d’une fonction décisionnelle sur les autres bourses.

Ainsi, le NYSE accueille les trois-quarts des sièges sociaux des firmes multinationales américaines comptant parmi les plus puissantes de la planète. Grâce à sa prédominance sur l’économie, Wall Street est aussi présente dans la forte activité des secteurs tertiaires supérieurs et quartenaires. En effet, d’importants cabinets d’affaires et des agences de notations financières, entre autres, présents à New York dépendent de l’activité de la bourse new-yorkaise. De surcroît par l’activité de la bourse, Manhattan a pu se développer et on peut croire à une technopole : la « Silicon Alley » qui pourrait dans le futur concurrencer très sérieusement la technopole californienne.

A côté de ces fonctions, on trouve celle politique. Comme évoqué, Wall Street est influencée par les décisions gouvernementales mais elle l’influence aussi au travers des investissements faits ou non à la bourse qui laissent transparaitre l’accord ou non aux politiques américaines.

En dernier lieu, la place boursière compose avec un commerce dynamique représenté par le port de New York qui est le 29ème port mondial ou encore par un téléport et les trois aéroports internationaux reliant la ville et donc aussi la place financière au monde, lui permettant de mieux exporter ses décisions à l’étranger. Wall Street a donc plus de facilités à contraindre les bourses étrangères du fait de sa bonne communication à celles-ci.

Par conséquent, comme Wall Street est en première place dans de nombreux domaines elle est source d’influence. Outre sa prépondérance en matière architecturale ou culturelle, la bourse s’impose par sa place dans la finance. Ainsi ses avis sont écoutés et souvent suivis car les bourses mondiales savent que s’ils la froissent il leur sera difficile de continuer les échanges avec, Wall Street bien sûr, mais aussi avec le monde car il faut souvent passer par la bourse américaine pour effectuer des transactions.

L’impact du Brexit sur Wall Street

Avant le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne, Londres était la première place boursière européenne, depuis c’est Amsterdam qui s’est imposée sur le devant de la scène. The City a vu sa part de marché sur les échanges de dérivés de taux en euros fondre de 40% à 10% en janvier. Toutefois, cet effondrement a profité à Wall Street qui affiche un niveau record après la signature de l’accord sur le Brexit du 24 décembre 2020 et la promesse d’un plan de relance américain estimé à plus de 900 milliards de dollars, favorisant la reprise de l’activité économique et dissipant les doutes liés au Brexit et à l’incertitude provoquée par la crise sanitaire actuelle.

Bien que le Brexit ait entraîné une chute des bourses mondiales et des investissements, l’indice Dow Jones Industrial Average est monté de 0,91% à 26.355,47 points. Néanmoins, le 5 février 2019, la bourse de New York a vu son taux baisser au vu des tensions commerciales sino-américaines et des négociations très lentes pour trouver un accord entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.

Dès l’annonce d’un accord concernant le Brexit, les bourses mondiales, qui s’étaient toutes effondrées au lendemain du référendum du 2016, sont montées en flèche, rassurées de la tournure que prenait les évènements. Ainsi, les grandes banques américaines ont réagi de manière positive à la hausse des rendements des obligations à long-terme ; de cette façon JPMorgan a gagné 1,2%, Bank of America 1,6% et Citigroup 1,4%. Soulignons toutefois que Slack avait chuté de 15% en 2019 à la clôture de la bourse mais a fini par remonter de manière conséquente dès 2020. Aujourd’hui, Slack engrange plus de 42.000 dollars en moyenne chaque jour.

 

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Aussi, le Brexit n’a eu que peu d’impact sur Wall Street et les légères difficultés que la bourse a pu connaître ont tout de suite été effacées par l’accord sur le Brexit et le plan de relance américain. Par conséquent, le seul vrai perdant visible paraît être Londres qui se retrouve isolée dans ses échanges par son départ de l’Union européenne qui lui accordait visibilité et crédibilité. The City est alors perçue comme désavantagée pour les années à venir, d’autant plus qu’une baisse de son PIB est envisagée jusqu’en 2030.

 

L’un dans l’autre, la mondialisation a été un élément déclencheur pour Wall Street, l’incitant à développer une influence mécanique sur les autres bourses mondiales, ce qui lui a permis d’imposer ses décisions au monde. Ce n’est pas un euphémisme de dire que le monde tourne désormais à l’heure américaine, tant du point de vue économique, politique que culturel.

 

Clémence VENITIEN

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